Entretien avec Sylvain Huc, notre nouvel artiste associé

Depuis janvier 2020, Sylvain Huc est notre nouvel artiste associé. En mars dernier, il était de passage à Roubaix pour y présenter sa pièce Sujets. L’occasion pour Laurine de la communication de lui poser quelques questions.

Quel est ton parcours ?

Après une formation universitaire en histoire et histoire de l’art, j’ai découvert la danse contemporaine un peu par hasard. J’ai vu une pièce d’Anne Teresa de Keersmaeker, Drumming*, qui a été un électrochoc : pour la première fois, je voyais des corps bouger, s’organiser, traverser les espaces. Il m’a fallu un an pour oser m’y mettre et j’ai très vite compris que j’avais rencontré quelque chose. J’ai alors intégré la formation du CDCN de Toulouse en 2003 et après un parcours d’interprète, j’ai fondé ma compagnie et j’ai commencé à créer mes propres pièces.

* Drumming sera accueillie le 25 mars 2021 dans le cadre du festival Le Grand Bain

Pourquoi avoir accepté d’être artiste associé au Gymnase ?

J’ai un intérêt pour la structure en elle-même, je suis curieux de voir son fonctionnement de plus près. Je suis installé en Occitanie depuis mes débuts, c’est une situation confortable mais j’aimerais me confronter à d’autres publics, d’autres problématiques pour grandir et donc développer un travail de plus en plus précis. Ici, à Roubaix, j’ai la sensation de quelque chose de très européen, d’ouvert…

Quelques mots sur ton travail ?

Je m’attache au corps plus qu’à la danse, je travaille avec la danse. Elle est un outil, mais l’intérêt, c’est l’écriture. Je convoque pour l’écriture tout ce qui peut faire sens : le corps donc, mais aussi le son, la lumière, la scénographie, les costumes…
Le corps, ses représentations, peuvent amener beaucoup de questions. La danse a la force de désactiver tous les usages du corps, elle les met en suspens. Je souhaite inventer d’autres usages. C’est politique sans que ce soit militant, je veux juste partager cette réflexion avec le public.
Je m’intéresse d’abord à la sensation du spectateur, je me méfie de l’émotion qui me semble univoque. La sensation joue sur le trouble et ouvre un espace possible alors que l’émotion enferme.

Ta première pièce ?

Le Petit Chaperon Rouge a aujourd’hui 10 ans. A l’époque, la question que je me posais était : comment s’adresse-t-on au jeune public ?  Je trouvais qu’on ne considérait pas assez les enfants comme des spectateurs comme les autres. J’ai donc commencé à travailler sur le rapport au public. J’ai choisi ce conte pour m’appuyer sur quelque chose de partagé mais en laissant le champ libre au spectateur pour qu’il en donne sa version. L’objectif était de faire dialoguer ce que je montrais au plateau avec tout ce qui préexistait.

Tes prochains projets avec Le Gymnase ?

Nuit qui sera présentée en avant-première le 29 mars lors du festival Le Grand Bain
J’utilise la nuit comme prétexte pour travailler sur le temps, sur l’altération de nos perceptions. Je perçois la nuit comme un temps de repos mais aussi de fête, un moment où le corps se soustrait au travail, à ses obligations.

Wonderland dont la création est prévue la saison prochaine pour le festival Les Petits Pas
C’est un travail sur la figure d’Alice à l’intention du jeune public. Je m’appuie sur les deux textes de Lewis Caroll mais je veux me détacher des éléments narratifs pour réaliser un travail sur les perceptions. Il y a une distorsion entre ce qu’elle voit et ce qu’on lui renvoie (Alice grandit, puis rétrécit, etc), plus rien ne fait sens.
J’ai aussi pour projet de travailler l’espace avec des couleurs qui viendraient le définir, et sur une spatialisation du son en lien avec l’action.

Playmobile qui sera organisée en décembre pour la 16ème édition  des Petits Pas
Pour ce dispositif, deux classes vont travailler sur deux protocoles, avec un danseur et un musicien, pour les amener à travailler l’improvisation de manière structurée. Ce travail pose la question de la liberté des enfants dans un système. Par la règle, le jeu, ils devront réussir à construire une chorégraphie, qu’ils présenteront à la fin de semaine devant leurs familles.

Mais au fait, c’est quoi un artiste associé ?
Le dispositif « artiste associé », mis en place par le Ministère de la Culture en 2016, vise à soutenir et accompagner des compagnies indépendantes sur une longue période (3 ans en moyenne). Cette relation soutenue permet aux artistes et aux Centres de Développement Chorégraphique Nationaux d’imaginer ensemble un programme au long cours qui vient nourrir et enrichir leurs projets artistiques, pédagogiques et de relation aux populations.