Entretien avec Sylvain Huc, notre artiste associé

Depuis janvier 2020, Sylvain Huc est notre nouvel artiste associé. Lors d’un de ses passage à Roubaix, Laurine de la communication lui a posé quelques questions.

Quel est ton parcours ?

Après une formation universitaire en histoire et histoire de l’art, j’ai découvert la danse contemporaine un peu par hasard. J’ai vu une pièce d’Anne Teresa de Keersmaeker, Drumming, qui a été un électrochoc : pour la première fois, je voyais des corps bouger, s’organiser, traverser les espaces. Il m’a fallu un an pour oser m’y mettre et j’ai très vite compris que j’avais rencontré quelque chose. J’ai alors intégré la formation du CDCN de Toulouse en 2003 et après un parcours d’interprète, j’ai fondé ma compagnie et j’ai commencé à créer mes propres pièces.

Pourquoi avoir accepté d’être artiste associé au Gymnase ?

J’ai un intérêt pour la structure en elle-même, je suis curieux de voir son fonctionnement de plus près. Je suis installé en Occitanie depuis mes débuts, c’est une situation confortable mais j’aimerais me confronter à d’autres publics, d’autres problématiques pour grandir et donc développer un travail de plus en plus précis. Ici, à Roubaix, j’ai la sensation de quelque chose de très européen, d’ouvert…

Quelques mots sur ton travail ?

Je m’attache au corps plus qu’à la danse, je travaille avec la danse. Elle est un outil, mais l’intérêt, c’est l’écriture. Je convoque pour l’écriture tout ce qui peut faire sens : le corps donc, mais aussi le son, la lumière, la scénographie, les costumes…
Le corps, ses représentations, peuvent amener beaucoup de questions. La danse a la force de désactiver tous les usages du corps, elle les met en suspens. Je souhaite inventer d’autres usages. C’est politique sans que ce soit militant, je veux juste partager cette réflexion avec le public.
Je m’intéresse d’abord à la sensation du spectateur, je me méfie de l’émotion qui me semble univoque. La sensation joue sur le trouble et ouvre un espace possible alors que l’émotion enferme.

Ta première pièce ?

Le Petit Chaperon Rouge a aujourd’hui 10 ans. A l’époque, la question que je me posais était : comment s’adresse-t-on au jeune public ?  Je trouvais qu’on ne considérait pas assez les enfants comme des spectateurs comme les autres. J’ai donc commencé à travailler sur le rapport au public. J’ai choisi ce conte pour m’appuyer sur quelque chose de partagé mais en laissant le champ libre au spectateur pour qu’il en donne sa version. L’objectif était de faire dialoguer ce que je montrais au plateau avec tout ce qui préexistait.

Tes prochains projets avec Le Gymnase ?

Wonderland dont la création est prévue du 18 au 20 novembre 2021 pour le festival Les Petits Pas
C’est un travail sur la figure d’Alice à l’intention du jeune public. Je m’appuie sur les deux textes de Lewis Caroll mais je veux me détacher des éléments narratifs pour réaliser un travail sur les perceptions. Il y a une distorsion entre ce qu’elle voit et ce qu’on lui renvoie (Alice grandit, puis rétrécit, etc), plus rien ne fait sens.
J’ai aussi pour projet de travailler l’espace avec des couleurs qui viendraient le définir, et sur une spatialisation du son en lien avec l’action.

Le projet Playmobile qui sera également organisé pendant Les Petits Pas
Pour ce dispositif, deux classes vont travailler sur deux protocoles, avec un danseur et un musicien, pour les amener à travailler l’improvisation de manière structurée. Ce travail pose la question de la liberté des enfants dans un système. Par la règle, le jeu, ils devront réussir à construire une chorégraphie, qu’ils présenteront à la fin de semaine devant leurs familles.

Le Danceoke, un concept qui réunit « danse » et « karaoké » et qui fera l’ouverture du festival Le Grand Bain.
C’est un moment participatif et ludique où j’invite les gens à venir danser et à reproduire sur l’instant des mouvements de clips vidéos soigneusement choisis et projetés en direct. Tout est permis, on peut alors s’affranchir de tout apprentissage. Les seules consignes sont de regarder, suivre et faire. Et s’amuser !

Mais au fait, c’est quoi un artiste associé ?
Le dispositif « artiste associé », mis en place par le Ministère de la Culture en 2016, vise à soutenir et accompagner des compagnies indépendantes sur une longue période (3 ans en moyenne). Cette relation soutenue permet aux artistes et aux Centres de Développement Chorégraphique Nationaux d’imaginer ensemble un programme au long cours qui vient nourrir et enrichir leurs projets artistiques, pédagogiques et de relation aux populations.

Crédit photo : Loran Chourrau